Conférence organisé avec Francois Boulo, Jérôme Rodrigues, Juan Branco, Torya Nya et collectif Rungis.

A l’approche des élections européennes, on peut lire sur un dos de gilet jaune : « Mon pavé ne rentre pas dans ton urne ». Les élections européennes sont-elles vraiment un enjeu pour le mouvement des gilets jaunes ? Le mouvement des gilets jaunes est-il même soluble dans la politique classique, celle des élections, des institutions et des débats télé ?

Les fiascos qui ont suivi les candidatures gilets jaunes sur des listes européennes semblent indiquer que non. Le mouvement ne souhaite pas qu’on lui assigne des représentants élus, pas plus que des leaders. Seuls sont tolérés les « relais » comme Jérome Rodrigues ou François Boulo. Si tout le monde s’accorde sur le fait que la démocratie se joue d’abord dans la rue et les assemblées populaires, plusieurs stratégies sont discutées au sein du mouvement en vue des élections européennes : se présenter sur des listes déjà existantes, voter pour des partis traditionnels contre Macron… D’autres, qui ne croient plus que la politique est une affaire de bulletin et d’urne, continueront de s’abstenir de voter.

La question de l’Europe se pose évidemment aux gilets jaunes, lorsqu’ils demandent le RIC ou la hausse des salaires. Car l’Union européenne pose un cadre institutionnel qui enferme les Etats membres dans une certaine configuration politique et économique (la démocratie libérale). Dans ce contexte, l’Europe apparaît surtout comme une section régionale du capitalisme, qui sert de prétexte aux politiques d’austérité, et d’obstacle à toute politique sociale, écologique ou démocratique.

Cependant, pour cette même raison, il faut se garder de limiter le problème à l’Union européenne : qu’apporterait réellement une « sortie de l’UE » à un pays qui resterait au sein du capitalisme mondialisé ? Que signifie restaurer à l’Etat sa « souveraineté », quand cette souveraineté consiste surtout aujourd’hui à réprimer les manifestants et à repousser les migrants hors de nos frontières ? La politique se joue-t-elle vraiment dans les institutions, européennes ou nationales, et au moment des élections ? Si non, quelle stratégie adopter face à cet agenda imposé par les gouvernements ?